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« Dis tout suite que je suis pas assez bien pour ta cambuse? »

Dans le livre hommage « Lino Ventura, carnet de voyages », sa fille Clélia Ventura livre de précieux moments de la vie de l’acteur, les instants de bonheur partagés avec les copains. Ici dans cet extrait Jean Claude Brialy narre le premier repas de Jean Gabin à l’Orangerie et au passage réaffirme ce qui fait une bonne table : de la bonne chère, de l’amitié, le partage d’un bon repas, la convivialité…

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Jean-Claude Brialy: Un jour, Gabin, avec lequel je tournais à l’époque, m’appelle et me demande : «Y paraît que t’as un restaurant ?» Je lui réponds : «Oui, Jean ! Mais vous savez, c’est un peu sophistiqué…» Il me coupe : «Dis tout suite que je suis pas assez bien pour ta cambuse ?» Je lui dis : «Bien sûr que non ! Ce n’est pas ça le problème, mais je ne pense pas être le genre de restaurant que vous aimez !»C’était de notoriété publique que Jean n’aimait que la cuisine de famille, les bistrots et les bonnes brasseries ! Et là, il s’énerve : «C’est bon ou c’est pas bon ?» Je lui réponds : «Oui, bien sûr, c’est bon !…» Il me coupe à nouveau la parole : «Très bien ! Alors tu fais la Table !» Un peu gêné, je le préviens : «Vous savez Jean, je ne suis pas Cravenne, je n’organise pas des soirées mondaines ! En plus si ça ne va pas, c’est moi qui vais me faire engueuler…» Il insiste : «Non, non ! Toi, tu fais ça très bien !» Après réflexion, je me dis que je vais inviter Lino et Odette, qui sont les meilleurs amis de Jean ; Danielle Darrieux, qui tournait avec Jean et moi à l’époque, et son mari Georges ; je vais aussi inviter Suzanne Flon, qui a été souvent sa femme au Cinéma ; et puis je vais lui faire une petite surprise, je vais inviter Arletty ! J’avais donc cette petite table à L’Orangerie et cela a été merveilleux ! On a ri, on s’est amusé… On avait l’impression d’une table d’enfants, d’adolescents ; tout le monde était joyeux. Jean était en grande forme même si quelques mois après, il nous quittait… Arletty, du haut de ses soixante-dix-huit ans, était formidable. Danielle était belle comme le jour et drôle à souhait. Suzanne était déchaînée. Odette était heureuse. Lino et Jean étaient comme deux frères. C’était une soirée de bonheur total ! Les gens étaient gentils, car personne n’est venu demander ni autographes, ni photographies, ni rien de tout ça. On était vraiment comme à la maison. J’avais fait venir du vin blanc de Nantes, du Gros Plant, pour Jean parce que je savais qu’il aimait ça et que, si le reste n’allait pas, il y aurait au moins une chose qu’il apprécierait… Fort heureusement, pour moi, tout était bon ! Jean avait passé une soirée formidable et il en parlait tout le temps.

Extrait « Lino Ventura, carnet de voyages » de Clelia Ventura éditions Barnéa

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